Accueil Années 1970 Mourir à Belfast [The outsider] (USA, 1979) de Tony Luraschi

Mourir à Belfast [The outsider] (USA, 1979) de Tony Luraschi

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1973 : les « troubles » agitent Belfast et l’Irlande du Nord. Petit-fils d’un partisan irlandais émigré aux États-Unis, Michael Flaherty s’est engagé dans l’IRA par pur idéalisme. Les pontes de l’organisation décident d’envoyer notre tête brûlée yankee à Belfast. Michael se réjouit de cette opportunité d’action et de gloire, et ne réalise pas qu’il est en réalité l’instrument d’un complot épineux…

J’ai découvert ce film grâce à Philippe Garnier, qui dans sa biographie de Sterling Hayden (Sterling Hayden, l’irrégulier, La Rabbia, 2019) en parle comme d’un « bon film ». Je m’enhardis à doubler la mise : un très bon film ! Polar remarquable sur un sujet original (il n’y a pas énormément de films sur le conflit nord-irlandais, à ma connaissance), The outsider brosse également le portrait d’un idéaliste en butte au cynisme, mais aussi à la complexité du réel. L’excellent Craig Wasson (acteur de premier rang qui a hélas trop peu tourné) compose un personnage qui ne faiblit jamais dans sa volonté de se rendre utile à la cause, mais se laisse pourtant ébranler par les mouvements contraires :  Siobhan, la jeune femme dont il tombe amoureux, lui reproche ses velléités de tourisme guerrier, qui ne font qu’ajouter au désordre ; Finbar, un partisan pacifiste, lui explique qu’il y a d’autres moyens de résistance et de changement que l’action armée… Parallèlement, à travers un enchaînement d’actions confuses et de suspense larvé, le film montre l’enlisement du conflit et sa transformation en panier de crabes opposant diverses factions criminelles.

La fin du film est une des plus extraordinaires que je connaisse : il y a d’abord, après le retour au bercail, le face-à-face avec le grand-père joué par Sterling Hayden (un petit rôle, mais d’une grande portée symbolique). Sur son lit de mort, il fait à Michael une révélation terrible, crevant l’abcès du déni. Après quoi Michael fou furieux arpente les vastes artères de Detroit, prêt à en découdre avec le monde entier. Ici encore, dans cette séquence poignante, Wasson donne toute la mesure de son talent en se livrant à une débauche physique insensée.

Belle photo de Ricardo Aronovitch qui tire le meilleur parti de la grisaille de Belfast. Le compositeur Ken Thorne signe une musique inspirée : empruntant au folklore sans verser dans la facilité, il réussit même un étonnant thrène (évoquant autant Penderecki que Ligeti) dans la séquence où le héros découvre Belfast ravagée. Réalisation sobre et efficace du méconnu Tony Luraschi. The outsider mériterait amplement une belle édition DVD (il ne déparerait pas par exemple dans la collection Make my Day! de Jean-Baptiste Thoret).

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